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Belgique (Wallonie)

BLOG: Popattitude

[INTERVIEW] Christophe Willem – La médiatisation, The Voice, sa relation avec ses fans, la solitude : le chanteur se confie

À l’occasion de son concert à l’Ancienne Belgique ce 9 octobre, nous avons rencontré Christophe Willem pour un « entretien confession ». Comme lors de notre première interview avec l’artiste, il se confie, sans tabou et avec beaucoup d’humanité, sur des thèmes comme la médiatisation, les réseaux sociaux et la solitude. Il en profite également pour faire des déclarations à propos de The Voice et de son nouvel album.

En véritable showman, Christophe Willem a su mettre d’accord le public de l’AB, en proposant un concert coloré, vivant et communicatif. Le chanteur a ce talent unique de transformer la salle en un lieu intimiste, où le temps semble suspendu. Un réel partage entre lui, et les spectateurs. Il sera d’ailleurs de retour chez nous le 16 octobre au Théâtre Royal de Mons.

Cédric : Suite à l’engouement de ton concert à l’AB le 10 avril dernier, tu te produis à nouveau sur cette scène mythique pour les Belges. Quel est ton meilleur souvenir en Belgique, toutes catégories confondues ?

Christophe Willem : J’en ai tellement… Je dirais un concert à Forest National. Il était assez fou. Je repense un homme qui faisait la poursuite, celui qui gère la lumière sur scène qui me suit. Je pense qu’il était complètement bourré… (rires) Car, dans la salle, tout le monde me voyait, sauf lui. Pendant les 20 premières minutes du concert, la lumière s’allumait toujours à côté de moi. Ou alors j’étais à droite de la scène, la lumière était à l’autre bout… (rires) Je me suis arrêté lors d’un morceau pour adresser un message à cet homme. Avec tout le public, on est partis en fou rire. Ça a bien duré 10 minutes ! Mais j’en garde un très bon souvenir car, ça a transformé la situation qui était en principe embêtante, en quelque chose de très drôle. Je pense qu’après, le type est allé cuver et s’est fait remplacer…

C : Lors de notre dernière interview, tu nous avais confié avoir prolongé ta tournée. Tu évoquais le fait que ton album ‘Rio’ ait une vie sur scène, plus riche que tes précédents opus… En quoi tient-il cette particularité ?

C W : Sur scène, c’est vrai qu’il y a quelque chose de différent. Au-delà de la musique, on dirait qu’il y a une sorte de communion qui se passe. Beaucoup plus intense que sur les autres tournées. ‘Rio’ parle énormément de la société. Et c’est vrai qu’à la fin du concert, on sent le public repartir gonflé à bloc. Comme une cure de vitamines expresse. (rires) J’essaye de transmettre aux spectateurs la conviction qu’à leur échelle, ils peuvent changer quelque chose. Qu’ils sont maîtres de leur destin. Pendant le concert, il y a une ampleur que je n’arrive pas à expliquer.

C : D’ailleurs, via les réseaux sociaux, on a vu qu’il y avait un compte Twitter, composé de fans, qui partageait des vidéos où les spectateurs réagissent à chaud après tes concerts…

C.W : Je trouve ça canon ! Il y a plusieurs comptes de fans qui existent. Chacun a sa spécificité. Mais pour celui-là, j’aime beaucoup l’idée. De prendre des gens lambda et de prendre leur réaction juste à la sortie de la salle. Et c’est assez marrant de voir leurs ressentis.

C: En tant que chanteur, face à la notoriété et à la médiatisation, t’est-il arrivé de te sentir dépossédé, comme si tu ne t’appartenais plus complètement ?

C.W: Il y a un peu de ça. Ça m’est arrivé à un moment, car ça prend parfois des dimensions et une ampleur qu’on ne maîtrise pas de trop. C’est pour cela que c’est important de souvent redéfinir les choses. Parce qu’on est tellement dans une société où tout doit aller vite, où avec le virtuel, les gens ont l’impression que vous êtes dans leur salon et inversement. Il y a quand même assez souvent la nécessité de redéfinir ce qui nous entoure. Et c’est là où les réseaux sociaux peuvent devenir un problème. Ils sont utiles, car ils permettent de montrer qu’on existe en dehors de la musique, mais grâce à eux, on peut aussi impliquer le public, l’accompagner au jour le jour. À l’inverse, poster ce que je suis en train de manger, même si comme tout le monde je l’ai fait… Je réfléchis un instant, et je me dis que c’est complètement absurde. Quel est l’intérêt ? Je trouve ça avilissant envers le public, car on rentre alors dans une relation infantilisante. Je ne veux pas créer une sorte de dépendance encore plus grande, qui peut déjà exister chez certains. C’est très dur de trouver la limite entre ce qu’un artiste fait, et la limite à ne pas franchir pour préserver tout le monde. Plus tu en donnes, plus on en redemande. À trop vouloir être présent, à trop vouloir inonder les réseaux de son image, on ne s’appartient plus.

C: Face à cette vie d’artiste, une fois le public parti, t’est-il déjà arrivé de te sentir seul ?

C.W : C’est brutal que de sortir de scène. Il n’y a plus de bruit, plus rien. Le concert s’arrête, le premier truc que je fais, c’est prendre une douche et me changer. Je suis en jogging, j’attends que la scène soit démontée pour remonter dans le tourbus. Je ne suis jamais « seul ». Je n’aime pas être seul.

En revanche, quelque chose qui n’est parfois pas bien compris : je n’aime pas, après un concert, faire des dédicaces ou des photos. Sur la première partie de la tournée, on a essayé de rencontrer le public avant le show. À ce moment, on rencontre le public dans un contexte « normal », c’est-à-dire un échange d’humain à humain. On peut discuter. Mais après, il y a quelque chose d’hystérisant qui fait que de toute façon, la photo ou la discussion qu’il y aura sera biaisée par l’hystérie et l’énergie du concert. Du coup, ce n’est pas une rencontre qui devient intéressante, mais plutôt quelque chose de « gadget ». Attention que quand je pars au tourbus, je ne passe pas devant tout le monde en les saluant non plus. (rires)

C : Pourquoi as-tu peur de te retrouver seul ?

C.W : Parce qu’on sort de cette dynamique qu’il y a sur scène, et le silence n’est pas agréable. Alors que l’on vient de vivre des choses très fortes avant. Ça ne m’angoisse pas non plus. En plus, là où dans le tourbus les musiciens parlent ensemble, de mon côté, je sors du concert, je suis en mode « Tatie Danielle ». (rires) J’ai 250 ans, je suis en jogging, limite avec des chaussettes craquées… (rires) Le côté « star », c’est sur scène. Après, non. Du coup, aller voir le public avec cette dégaine, plus de make-up, avec un œil qui tombe, limite on me confond avec Picasso, il y aurait un souci… (rires)

C : Après avoir publié 5 albums studio, soit près de 80 titres, tu t’y retrouves encore sur scène parmi toutes tes mélodies… ?

C.W : Alors déjà, sur scène, j’essaye de me rappeler des textes. (rires) C’est un moment de solitude qui m’arrive souvent, l’oubli des paroles. Quand tu es en studio, tu te dis que tu peux refaire par après si tu te trompes. En revanche, sur scène, je suis tellement dans la musique, en train de profiter avec le public du moment, que j’oublie que je suis en train de faire un concert ! L’autre fois, j’ai même oublié tout le couplet de ma chanson ‘Pilote’… (rires)

C: Ta carrière d’artiste a débuté grâce à ta victoire de l’émission Nouvelle Star. Dernièrement, tu as endossé la casquette de juré dans Destination Eurovision. Avec une telle connaissance des télé-crochets, en tant que candidat, puis dans un jury, tu ferais un excellent coach dans The Voice

C.W : Il faut en parler à TF1, aux personnes qui font l’émission… (rires) On ne m’a jamais demandé. Pour The Voice Belgique, oui. Beaucoup de fois. Mais je trouvais ça délicat, en tant qu’artiste français, d’être juré dans une émission autre que dans ton pays. Et en France, c’est vrai qu’on m’avait un peu parlé de The Voice Kids. J’ai cependant du mal avec le concept, avec le côté « enfants stars ». Quand tu as fait un télé-crochet, que tu sais ce que tu vis instantanément après, déjà que c’est compliqué à gérer quand tu es adulte… Et puis je pense que tu peux être juré dans cette émission si tu as toi-même des enfants. Ça va m’attendrir de voir mes neveux chanter, mais un enfant… Je vais trouver ça mignon, mais je trouve que la voix n’est pas encore formée. C’est difficile de la juger. Et je trouve cela bizarre de juger un enfant. Mais peut-être qu’après avoir dit ça, je vais être blacklisté… (rires)

C : S’il t’arrive de composer tes chansons avec d’autres artistes, il est plus exceptionnel de découvrir des featurings sur tes albums. C’est une volonté arbitraire ?

C.W : C’est vrai… Pourtant j’aime bien. Le dernier, c’était sur l’album précédent avec Zazie. Ce n’est pas du tout un choix, et je ne suis pas devenu asociale à ce point. Peut-être sur le prochain album…

C : Prochain album dont tu vois le début ?

C.W : Doucement… Ça commence à venir.

 


Cédric Tordoor
11/10/2018
[CHRONIQUE] Angèle - « Grâce à la musique, je veux répondre à toute critique, tout problème, toute angoisse. »

Angèle, c’est le phénomène musical du moment [qui plus est, belge]. Depuis la sortie en novembre passé de son premier titre ‘La loi de Murphy’ (classé 19 semaines dans l’Ultratop Singles !), tout semble réussir à la jeune femme. Entre un sans-faute avec 4 singles présents dans les charts belges, une tournée ambitieuse des festivals d’été, une prestation sur la Grand Place de Bruxelles et dernièrement un concert annoncé à Forest National, l’artiste vient de sortir son tout premier album, ‘Brol’.

Histoire de parfaire le tout, la chanteuse belge a décidé d’ouvrir son propre pop-up store (NDLR : Magasin éphémère) dans la station de métro Rogier avec son propre merchandising. Nous l’y avons rencontrée. Portrait.

Un succès fulgurant

L’engouement autour d’elle, Angèle le doit principalement à une image scénique délirante, mais contrôlée. Tout est dans une juste mesure. Bien qu’atypiques et loufoques, ses clips mettent habilement en exergue le message propre de ses chansons. Les thèmes, emprunts du quotidien (la malchance avec ‘La loi de Murphy’, la jalousie dans le titre du même nom, le rêve de richesse avec ‘La thune’…), sont visuellement dépeints avec justesse et cohérence, mais toujours avec une pointe de cynisme. Un univers qui a rapidement plu au public.

Les fans se sont d’ailleurs déplacés en nombre pour l’applaudir durant sa tournée d’été des festivals (dont Les Ardentes et Dour chez nous)… alors même que son album n’était pas encore sorti. Aujourd’hui, l’attente touche à sa fin puisque ‘Brol’ vient de paraître.

À sa simple évocation, le public ovationne le prénom de la chanteuse. Un succès ressenti de manière particulière par l’artiste : « Ce qu’il m’arrive est tellement rapide, que parfois, sur le moment même, je ne sais pas si j’aime bien ce qu’il se passe ou pas. Ce n’est qu’après que je réalise que j’ai vécu quelque chose que je ne regrette pas. »

« Il y a une part de personnage en moi »

Porté par une ambiance musicale enivrante, cet opus surprend, bien que les 12 titres semblent ancrés dans une lignée stylistique un brin répétitif. ‘Brol’ est la continuité des premiers singles dévoilés par la chanteuse. Sur une mélodie aérienne et envoutante, Angèle dresse le portrait de la frénésie du virtuel sur ‘Victime des réseaux’. Sur fond d’un beat plus rythmé – mais toujours habillé de cette musicalité légère –, le féminisme y est également abordé sur ‘Balance ton quoi’. La chanteuse confie « aimer l’idée de dire ce que [je] veux en chanson, et de répondre à toute critique, tout problème, toute angoisse. ».

Bien que rapidement populaire en Wallonie et en France, l’artiste s’illustre également au nord du pays ! « On parle de mon succès en France, mais c’est celui en Flandre qui est le plus cool pour moi. Ça veut dire que la musique dépasse cette frontière, qui malheureusement existe dans notre pays. ». Face à ses excentricités, son image loufoque, Angèle précise avoir « une part de personnage » en elle. « Sinon, il n’y aurait pas de mise en scène. Dans un métier pareil, c’est impossible d’être totalement soi. ».

Une réflexion sur le quotidien

Plus patriote que jamais, l’artiste affirme de manière engagée son appartenance à la Belgique avec le terme typiquement belge ‘Brol’. « Ça signifie le bazar. Une succession d’éléments dont on aimerait se séparer, tout en se rendant compte qu’au fond de nous, on n’en a pas trop envie. ». Une définition qu’Angèle étant à une signification plus profonde, à une réflexion sur la vie : « La jalousie par exemple, c’est un brol. C’est un sentiment horrible, dégradant, mais c’est une grande preuve d’amour. On aimerait s’en séparer, mais c’est bien qu’elle soit là. ».

Face à la dominance des réseaux sociaux et la société contemporaine ultra-connectée, l’artiste n’est pas non plus épargnée par cette mouvance culturelle : « C’est très perturbant d’être pris en photo dans la rue. Ça a été brusque pour moi. Je n’ai pas forcément envie de m’arrêter, ou de faire une photo, car ce n’est pas toujours « le bon moment ». J’essaye surtout de communiquer, d’échanger des sourires. J’ai surtout peur de passer pour une conne. Parce que je ne suis pas une conne. Enfin je crois. ».

 

Surprenant en termes de style, ‘Brol’ séduit de par son originalité. Dominé par une ambiance enivrante et suspendue, l’opus y rencontre son point fort et son inconvénient. De par son originalité, elle nous saisit et nous accapare dès les premiers titres, avant sonner comme répétitive. Citons aussi un travail d’écriture pointilleux et efficace. 

En concert le 25 mai prochain à Forest National, Angèle en retient une leçon de vie : « Lorsqu’on se produit dans cette salle, je ne pense pas qu’on a la garantie que ça arrive une deuxième fois. Je n’aurais jamais cru pouvoir le faire. Je ne réalise pas encore. »

Découvrez le Brol Shop :


Cédric Tordoor
05/10/2018
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